M. Barbin : Je prends la parole en tant qu’enseignant en APA. Je complète ma formation au quotidien par l’écoute de mes  patients, leur observation sur le terrain, la communication avec les patients pour apprendre à les connaitre et réussir à deviner leurs attentes et leurs besoins.

La difficulté majeure pour quelqu’un qui devient handicapé subitement c’est de réussir à donner du sens à sa vie. Les EAPA sont confrontés à cette problématique d’absence de projection dans l’avenir. Pour ma part j’ai beaucoup appris aux contacts d’anciens paraplégiques  ou tétraplégiques  qui ont reconstruit leur vie, qui ont réussit à passer le cap, à donner du sens à leur vie.  Ces rencontres m’ont  permis de donner du sens à mon travail. Prendre conscience qu’on est devenu HANDICAPE c’est très difficile, la phase de rééducation dure à peine six à neuf mois, ce qui est très très  court pour réussir à accepter  l’idée du handicap définitif. Notre rôle en tant qu’EAPA est d’amener un nouveau pouvoir fonctionnel du corps, sans se limiter aux transferts ou à l’habillage mais de donner l’espoir de pouvoir vivre tout simplement.

Dans le milieu sanitaire les choses ont peu évoluées et elles évoluent lentement car le système de santé reste  trop médicalisé.

Proposer des APA s’est ouvrir le panel d’activités, élargir les possibilités, permettre à la personne de se retrouver. Il faut impérativement  laisser le temps aux patients de prendre gout à la pratique, rester toujours à leur écoute ne pas leur forcer la main, leur laisser le temps de se préparer pour pérenniser la pratique à long terme. L’objectif c’est que le patient s’épanouisse dans la pratique, qu’il y prenne gout, qu’il trouve un intérêt personnel dans l’activité pour qu’une fois chez lui  il continue à pratiquer.

La meilleure façon de prouver à une personne qu’elle possède de véritables capacités physiques c’est de la mettre dans l’action, pour lui montrer de quoi elle est capable tout en restant dans la proposition et non dans l’obligation, il faut que la personne soit partante pour que la pratique ait un effet.

Il faut également savoir qu’une pers handicapée a  besoin d’une tierce personne pour réaliser la plupart de ses trajets.  Comment prôner alors une politique de sport santé sans respecter les possibilités de mobilité des personnes concernées par l’activité ?  Dans la région on possède le GIHP mais les disponibilités restent toutefois limitées, notamment pour les créneaux sportifs du soir après 18 heures, ce qui limite parfois les possibilités de pratique sportive des personnes handicapées.

Pour finir je souhaite exprimer la volonté de me battre  pour que les étudiants ayant fait trois ans d’études pour être qualifiés  dans l’accompagnement des personnes  à  besoins spécifiques soient reconnus à leur juste valeur. Il faut réussir à aller au delà des difficultés économiques de la société.

 

Jérôme Courneil (victime d’un accident de voiture à 18 ans, devenu paraplégique), fait parti des cinq meilleurs  joueurs  du monde en 2010 dans la discipline handi-basket, ambassadeur du sport handi de haut niveau.

Après un tel accident l’image de soi est au plus bas, on ne sait pas ce qu’on va devenir. En centre de rééducation j’ai pu rencontrer  un animateur sportif qui me prenait en charge qu’une seule demi-journée par semaine, avec lui je découvre la pratique du basket en fauteuil,  la natation, la plongée… Etant un ancien compétiteur, je ressentais le besoin d’évoluer, j’ai alors intégré  un club de basket et je me suis passionné pour cette discipline. Dans l’association sportive j’ai rencontré des anciens handicapés qui se sont mariés et qui ont construit leur vie, ce qui m’a permis de développer mon autonomie, de retrouver l’espoir de vivre, de pouvoir avoir une vie comme les autres.

Depuis je suis sportif de haut niveau, marié et heureux !

 

Laures :  Possibilité d’un lien entre les différents acteurs de la société ???

 

M. Calmels : le centre de rééducation n’est pas un lieu de confrontation, il y a pleins d’éléments de sidération, c’est une phase de reconstruction. Aujourd’hui on pousse à raccourcir la durée des prises en charge  (jusqu’à 3 mois parfois pour un paraplégique) alors que la chose la plus importante après un changement aussi brutal c’est le temps. Il existe des phases, il faut les respecter et être ouvert aux patients notamment en ce qui concerne l’activité physique.

On est dans un milieu qui n’évolue pas très vite, où il a des problèmes  de statuts, de connaissances scientifiques et de leurs applications…

On en est encore à expliquer que le sport c’est bénéfique pour le devenir d’un tétraplégique, que c’est une démarche plus économique car elle permet de réduire les escarres…etc, alors que les études datent des années 70.

Gros avantage pour le secteur des APA : les professionnels en APA ont  les moyens de développer des connaissances scientifiques. La question c’est de savoir se positionner dans la détermination des APA qui appartiennent à  la part thérapeutique de la prise en charge et celles qui appartiennent à  la part réadaptation, réinsertion, participation. Il s’agit de trouver la place des APA dans ces deux domaines principaux.

 

M. Barbin : Quand vous dites que la phase de confrontation doit se faire  à l’extérieur du milieu médical,  je ne partage pas votre avis. Il y a une nécessité d’accompagner la personne à se confronter à la réalité. J’ai eu la possibilité de développer le secteur APA dans mon l’établissement où je travaille en m’appuyant sur ma sensibilité. Je propose l’activité kayak à mes patients blessés médullaires  depuis quinze ans. Je les accompagne alors dans leur difficulté d’affronter le regard de l’autre ! Pour moi accompagner c’est ça,  c’est donner confiance à la personne, pour moi ce processus doit se faire pendant la période de convalescence, sinon c’est que la prise en charge est ratée.

Les sorties en extérieur ont une valeur éducative, mais permette également d’évaluer l’autonomie des patients notamment en ce qui concerne la prise de médicament, la réalisation du sondage, la  vérification des aspects cutanés… Pour moi,  c’est dans le centre de rééducation que doit se passer l’essentiel de la phase de confrontation.

Pour nous, l’APA ce n’est pas le sport, ça a une définition très particulière.

 

M. Stéphane Janneau, Président du Comité Départemental Handisport de l’Hérault :

Handisport a une image très compétitive, moi je m’attache au fait que même les grands handicapés  puissent pratiquer une activité sportive dans notre fédération. Le monde valide n’a pas toujours pris la mesure de ce qu’est réellement  une personne handicapée. Généralement  les personnes  légèrement  handicapées intègrent le monde sportif valide et le monde handisport se retrouve avec quasiment que les  personnes avec les handicaps  les plus lourds.

 

M. Causse : Je tiens à préciser qu’avant que la personne sorte du centre de rééducation on évalue sa situation physique et morale. Les patients ne sont pas livrés à eux même s’ils ne sont pas prêts.

 

M. Barbin : Aujourd’hui, ce qui n’était pas possible il y a deux ans, il est possible de monter un dossier pour obtenir le financement d’un deuxième fauteuil à visée sportive. Bien sûr  les besoins fondamentaux sont dans l’aménagement de l’habitat, du véhicule…mais certaines personnes  jeunes se projettent aussi vers le sport et c’est difficile au quotidien de pouvoir réaliser ses projets.

 

Questions du public :

 

Première intervention : Il ne faut pas faire d’amalgame, il ne faut pas que tout le monde fasse un peu de tout et qu’au final il ne se passe rien. L’activité physique ne peut pas être une discipline indépendante. Il y a un vrai métier à faire émerger.

 

M. Jean Bilard : On trouve un point commun dans la façon d’intervenir et quelque soit le handicap. Je pense qu’il faut résonner en replaçant l’individu au centre. On a oublié que toute personne en France a le droit à l’éducation intellectuelle et à l’éducation corporelle, d’après la loi de 1975. Toute personne a le droit de faire de l’activité physique. Il y a des intentions politiques par contre on ne sait pas qui va payer  pour permettre cet accès à l’activité physique mais personne n’en parle. La dimension physique mise en numéro un est finalement souvent oubliée.

 

Gilles Thöni (président du Comité de Zone Languedoc-Roussillon, SFP-APA) : Les EAPA sont un peu le bouc émissaire du monde fédéral et médical. On entend souvent dire qu’il n’y a pas assez d’argent. Il faut arrêter de dire qu’on ne peut pas travailler ensemble, il faut que des personnes à compétences spécifiques différentes s’associent pour accompagner au mieux les personnes. Il serait tant en France que les médecins, les thérapeutes…se mettent d’accord pour intégrer les professionnels de l’activité physique dans la prise en charge  des patients à besoins spécifiques.

M. Jean Bilard : je voudrais dire aux étudiants du Master RAPA qu’on a crée ce M2  pour avoir des professionnels à bac + 5,  ainsi on aurait  des intervenants sur le terrain et des manageurs coordinateurs, conseillers techniques « de haut niveau » capables de réfléchir à une politique sportive et d’aider les différents acteurs sociaux sur l’utilisation et la mise en place des activités physiques. Dans les plateformes que l’on met en place il faut  qu’il y ait  des étudiants BAC+5 sortant d’un parcours universitaires, ils sont capables de mettre en place un projet de vie et d’accompagnement de la personne. Le M2 c’est le professionnel qui doit être au carrefour de la prise en charge.  Il y a là un nouveau métier à développer.

Hugo, ancien M2 de Montpellier, jeune employé au CHU de Nimes : Ce métier existe déjà et est en train de se développer. Nous essayons de travailler sur cette mise en lien de la phase hospitalière et de prescrire des APA. On peut aussi envisager des liens avec les fédérations  pour un échange de connaissances sur l’activité physique. Il y a énormément de choses à faire mais qui peut nous donner les moyens de les réaliser ?

C. Roux : la fédération EPGV est très ouverte, elle travaille avec des cadres issus de la faculté  de sport.

Hugo : Je suis embauché sous la fonction d’éducateur animateur, le métier de cadre en APA n’est pas du tout reconnu en milieu hospitalier.

 

M. Jean Bilard : il existe depuis des années des conventions collectives qui reconnaissent les métiers sportifs. Il y a aussi des conventions locales qui font le lien entre le monde médical et sportif. Le problème pour les étudiants en  APA c’est qu’ils ne sont pas représenter sous forme d’association ou de syndicat. Un directeur d’hôpital a le droit de créer une convention pour reconnaitre un statut professionnel à l’intérieur de son hôpital. On ne gagne qu’en se faisant reconnaitre sur le terrain.

 

M. Barbin : la preuve sur le terrain elle y est depuis longtemps. Ce qui ne faut pas c’est qu’elle soit portée par les fédérations. Il faut que les médecins nous accompagnent. Les niveaux de salaires sont bien plus liés par la force de corporation que par la qualification sur le terrain.

Que la reconnaissance de notre travail sur le terrain aboutissent à un salaire convenable serait déjà un grand pas en avant.

 

Conclusion de la matinée par Samuel Barbezat (étudiant M2 RAPA) :

L’APA est retrouvée dans la prise en charge  bio-psycho-sociale de la personne. L’EAPA peut évoluer au sein des fédérations et au niveau sanitaire (Soins de Suite et de Réadaptation, au coté du médecin). La Problématique principale est celle  du lien entre le médecin qui préconise l’activité physique et la mise en place de cette activité sur le terrain.

Sur le terrain le problème rencontré est celui de l’adhésion à la pratique par les patients. On a évoqué des possibilités d’ouverture sur la recherche en APA, pour démontrer la preuve du bénéfice  cout/efficacité des interventions en APA.

Le rôle de l’APA est complètement impliqué dans le processus de ré-autonomisation mais également indissociable  de la prise en charge médicale.

Il est nécessaire de développer le travail en réseaux, de trouver les clés pour réussir à travailler ensemble afin de proposer la meilleure prise en charge possible à la personne.

 

PE Laures : « La principale source du sens de la vie c’est de contribuer au bien être des gens qui nous entourent !  »